L'AFFAIRE FIEVET
FR3 TELEVISION FRANCAISE
Pièces à conviction du 17 juin 2004
Voix d'Elise Lucet s'adressant à Patrick Dils :
Restez avec nous !
Si Patrick Dils a recouvré la liberté après quinze ans de prison, pour d'autre le calvaire continue. En mars 2003 nous avions consacré un long reportage à Marc Fievet, l'agent NS 55 des douanes autrement dit un indicateur , sa mission : infiltrer au plus prés les réseaux de narcotrafiquant. Il l'a payé au pris fort, vous allez le voir, et aujourd'hui l'administration française semble avoir oublié jusqu'à son nom.
Centre de détention de Nantes. Discrètement notre caméra avait pénétré cette enceinte pour un rendez-vous clandestin avec Marc Fievet. L'homme marqué par huit ans d'em-prisonnement a été condamné comme trafiquant de drogue. Devant l'objectif, il nous révélait son histoire, bien différente des faits qui lui sont reprochés.
Voix de Marc Fievet :
Je suis l'agent NS 55 des douanes françaises, j'étais un agent infiltré ... Pour s'infiltrer, il faut automatiquement adopter les mêmes attitudes que les narco-trafiquants.
Ainsi Marc Fievet infiltrait des organisations mafieuses...En langage douanier ces informateurs s'appellent des aviseurs. Sous le nom de code de NS 55, Marc Fievet renseignait les douanes françaises, une administration satisfaite de son travail, pour preuve l'attestation élogieuses qu'elle lui a délivrée. Il y est décrit comme un informateur régulier et efficace.
« Son action a permis des saisies significatives de stupéfiants, ainsi que l'arrestation de plusieurs dizaines de personnes impliquées dans ces trafics. »
Malgré ses excellents résultats, malgré ses six années passées au service des douanes, Marc Fievet est aujourd'hui en prison, abandonné dit-il, par l'administration française.
A cette même époque au début des années 90, à Paris, à Bercy, le ministère du budget a pour patron Michel Charasse. Dans ses attributions les douanes, un rôle qu'il prend très au sérieux. La lutte anti drogue devient une de ses priorités
Michel Charasse gère personnellement certains dossiers dont celui de Marc Fievet
Il ira même jusqu'à le recevoir ici dans son bureau, en secret, au fil des mois, l'Aviseur et le ministre se rencontreront quatre fois. Michel Charasse fera même le déplacement jusqu'à Malaga pour s'entretenir avec NS 55. Ici, dans cet hôtel de luxe, au moins un rendez vous en toute discrétion.
Voix de Marc Fievet :
J'ai eu le plaisir de voir débarquer très tard, en cellule, le........Trois fonctionnaires français. Alors il y avait un premier fonctionnaire. Il s'agissait de, de Christian Gatard, directeur régional des douanes à Marseille à l'époque, qui est donc venu de Marseille......dans le fin fond des provinces maritimes canadiennes.
Et là, ils m'ont dit, ils m'ont tenu le discours...textuellement :
« Dans cette affaire Marc, et c'était Gatard qui parlait : dans cette affaire, Marc, tu ne cherches pas à emmerder les autorités canadiennes, tu plaides coupable, c'est la seule solution et nous arrangerons ta situation dès ton retour en France. »
Marc Fievet s'exécute, devant le tribunal, sans jamais dévoiler sa qualité d'aviseur, il plaide coupable.
La sentence est sévère: perpétuité !
Mais Marc Fievet n'est pas inquiet, il en est sur, une fois transféré en France, les douanes le feront libérer. Mais aujourd'hui, encore, dix ans après son arrestation, Marc Fievet est toujours en prison.
L'Aviseur s'estime lâché par les douanes françaises.
En avril 2003, Michel Charasse était l'invité de Pièces à conviction, voilà ce qu'il répondait à cette mise en cause.
Voix d'Elise Lucet :,
Mais est-ce qu'il y a en France ... des aviseurs de la douane et là je parle pas forcément du moment où vous, vous y étiez, qu'on a laissé tomber...
Voix de Michel Charasse :
A mon époque, je n'ai pas entendu dire qu'on avait laissé tomber qui que ce soit...
Voix d'Elise Lucet :
Donc, on laisse pas tomber les aviseurs ?
Voix de Michel Charasse :
.........Mais, on laisse tomber personne ...Il faut laisser tomber personne. Lorsque vous êtes engagé dans une bataille....Euh, et ben...Euh...Euh, vous faites le nécessaire pour sauver tous vos soldats...
Voix d'Elise Lucet :
C'est pas ce que Fievet a l'air de penser...
Voix de Michel Charasse :
(
6 secondes de silence).Chacun pense ce qu'il veut, moi je vous dis simplement que quand on voit les résultats qu'on voit, il faut bien que...euh, l'administration des douanes soit soutenue par son ministre et qu'elle soutienne tous ceux qui collaborent, fonctionnaires ou non à ses activités.
L'explication de Michel Charasse masque mal son embarras sur la situation de son ancien protégé. Situation qui ne s'est pas arrangé.
A la suite du reportage que nous lui avions consacré, Marc Fievet a écopé de plusieurs jours de mitard avant d'être changé de lieu de détention. Ultime ironie, s'il était resté au Canada, l'Aviseur des douanes françaises seraient en liberté conditionnelle aujourd'hui.
Au lieu de cela, il achève en France sa dixième année de prison dans l'indifférence. Son dernier recours pour être libéré, la grâce présidentielle, si elle lui est refusée, Marc Fievet restera emprisonné jusqu'en 2016.
Voix d'Elise :
Patrick Dils est resté avec nous, à ses cotés le fils de Marc Fievet, Franck Fievet, et puis Maître Pech de Laclause, vous êtes l'avocat de la famille ; merci à vous tous d'être avec nous ; Franck Fievet vous avez évidemment régulièrement votre père au téléphone, dans quel état d'esprit se trouve-t-il aujourd'hui ?
Voix de Franck :
Il est éc½uré, complètement éc½uré, ça fait six ans qu'il est rentré en France, on lui avait promis d'arranger rapidement sa libération; rien ne se passe. Rien ne se passe. Il m'appelle presque toutes les semaines, il veut absolument qu'on bouge pour le faire libérer. On harcèle les douanes, on fait tout ce qu'on peut faire auprès de l'administration, que ce soit aussi la justice. On a fait des demandes de grâce à l'Elysée. On a que des réponses négatives.
Voix d'Elise :
Alors on va reparler de ces demandes de grâce, mais j'ai d'abord envie de comprendre ce qui se passe dans la tête de votre père. Il avait choisi un métier dangereux, très dangereux. Même, infiltrer les réseaux de narcotrafiquants. Est-ce qu'il s'attendait à vivre une telle situation ? Est ce qu'il s'attendait à ce que le coup dur vienne de là ?
Voix de Franck :
Non, je crois : il pensait vraiment pas que le coup dur viendrait de la douane. Il prenait tous les risques en fait en infiltrant les réseaux de narcotrafiquants. Il a déjà été séquestré, il a déjà été assommé et il voulait absolument sortir de ce milieu en 1994, juste avant son arrestation.
Voix d'Elise:
On l'a entendu dans le reportage. A plusieurs reprises, il demande absolument à sortir du réseau. On lui dit: pas question !
Voix de Franck :
Et donc il est arrêté en 94, la douane lui demande de plaider coupable. Il est loyal, il joue le jeu des douanes et il est complètement trahi à l'arrivée.
Voix d'Elise :
Et ce qui semble complètement fou, c'est que s'il avait plaidé à l'époque non coupable, on l'a entendu à la fin du reportage, il serait libre.
Voix de Franck:
Absolument, absolument.
Voix d'Elise :
Depuis quelques jours
Voix de Franck :
Tous les gens qui ont été arrêté en même temps que lui sont libres aujourd'hui
Voix d'Elise :
Quel regard porte-t-il aujourd'hui, je vous demande de faire son interprète sur Michel Charasse, un ministre qui l'a reçu, un ministre qui est allé le voir à Marbella et qui semble aujourd'hui ne pas vraiment se soucier de sa situation.
Voix de Franck :
Et bien il se sent trahi par lui, clairement, il a pas été soutenu, que ce soit par Michel Charasse mais aussi surtout par la douane, je dirai jusqu'à maintenant. Et puis, il a l'impression de buter contre un mur, c'est la justice qui aujourd'hui est complètement sourde à toutes ses demandes pour réaménagement de peine, etc. Un désarroi le plus total, le plus total.
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Dans " BLAST " d'octobre 2005,
l'interview de Marc Fievet
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